
Vertige. Richard Pedruzzi à Orsay
6 octobre 2026 @ 9 h 30 - 17 janvier 2027 @ 18 h 00
Scénographe majeur du théâtre et de l’opéra, longtemps complice de Patrice Chéreau, Richard Peduzzi a profondément renouvelé l’art de la scénographie. Au musée d’Orsay, ses maquettes monumentales de l’Opéra Garnier et de son quartier accompagnent les visiteurs depuis l’ouverture du musée en 1986.
En 1986, Richard Peduzzi, connu pour ses réalisations d’avant-garde pour le théâtre et l’opéra, scénographiait des espaces du musée d’Orsay où il donnait toute sa place à l’architecture du XIXe siècle. Il imaginait notamment, au fond de la grande nef du musée, un dispositif mettant en lumière l’Opéra Garnier et son quartier, profondément transformé par les grands travaux du préfet Haussmann. La maquette du bâtiment de Charles Garnier et celle du quartier de l’Opéra, que l’on surplombe dans une mise en espace vertigineuse, constituent encore aujourd’hui l’un des temps forts de la visite, très apprécié du public. Elles restent une signature d’Orsay.
Quarante ans plus tard, le musée revient sur ce choix inédit et invite l’artiste à renouer un dialogue entre le musée, ses collections et ses créations. L’exposition propose un éclairage original sur l’univers du scénographe, hanté par des architectures imaginaires. Porteuses de sens et d’émotions, elles furent des acteurs à part entière de la révolution scénique opérée par leurs spectacles dans les années 1970-1980. Dès les premières réalisations avec Patrice Chéreau (Richard II, Le Massacre à Paris) apparaissent des motifs architecturaux qui traverseront tout son œuvre : murs sans fin, tours, ruines, lieux désaffectés reviennent comme des obsessions qui nourrissent le sens de la mise en scène.
Déployée autour des maquettes monumentales qu’il a créées pour le musée, une riche sélection d’œuvres de l’artiste (peintures, dessins, maquettes de décor, sculptures) ravive la puissance expressive des réalisations de l’artiste. Certaines, comme les maquettes des décors pour la mise en scène de Lulu d’Alban Berg par Chéreau, pour l’Opéra national de Paris (1979), sont contemporaines de la réflexion que menait alors Richard Peduzzi pour le musée d’Orsay. Elles sont surtout les traces du processus de création de spectacles devenus mythiques, qu’il s’agisse de pièces de théâtre comme Le Massacre à Paris de Christopher Marlowe (Théâtre national populaire de Villeurbanne, 1972), La Dispute de Marivaux (Théâtre national populaire de Villeurbanne,1973), ou d’opéras comme Lulu et Lucio Silla de Wolfgang Amadeus Mozart (théâtres de Milan, Nanterre et Bruxelles, 1984).
Des correspondances se dégagent avec les dessins du musée, choisis avec Richard Peduzzi comme autant de résonances avec son travail. Des œuvres d’Eugène Viollet-le-Duc (Le temple de Neptune à Paestum), d’Hippolyte Le Bas (Prison de la Petite Roquette), ou encore de Gustave Eiffel (Étude de cube et de cylindre), témoignent de ses sources d’inspiration éclectiques, de l’Antiquité à aujourd’hui. Nourrie par ces références, son imagination dépasse la simple citation historique pour créer des espaces signifiants et une esthétique singulière. Impressionnantes et vertigineuses, les scénographies de Richard Peduzzi ne sont pas de simples décors, donnant un cadre littéral à la mise en scène. Elles sont des composants essentiels de spectacles conçus comme des œuvres totales.
Commissariat
Clémence Raynaud, conservatrice générale Architecture, musée d’Orsay ;
Sylvie Patry, conservatrice générale, déléguée aux célébrations des musées d’Orsay et de l’Orangerie.



