Camille Henrot : In the Veins
1 mai 2026 @ 10 h 00 - 10 janvier 2027 @ 18 h 00

In the Veins, le nouveau film de Camille Henrot – l’une des artistes majeures de sa génération – interroge ce que signifie élever des enfants à l’ère de la crise climatique et de l’extinction de masse. L’œuvre s’articule autour du deuil écologique – ou solastalgie –, cette expérience intime et quotidienne qu’est le fait de vivre avec une perte irréversible. Plutôt que d’aborder cette réalité comme un problème planétaire abstrait, Henrot l’ancre dans le quotidien, là où le soin, la peur, l’amour et la responsabilité se font ressentir avec le plus d’acuité. Le film part d’une contradiction simple mais troublante. Les animaux sont omniprésents dans l’enfance : ils peuplent les livres, les jouets, les chansons et les premiers apprentissages par lesquels nous apprenons à nommer le monde. Pourtant, bon nombre de ces mêmes animaux sont aujourd’hui menacés, déplacés ou en voie de disparition. Lire un abécédaire à un enfant et arriver à « J comme jaguar » ou « O comme ours polaire », c’est se heurter à un fossé béant entre représentation et réalité. Le film s’attarde sur cette dissonance, s’interrogeant sur ce que signifie hériter d’un imaginaire foisonnant en vie animale tout en transmettant un monde sinistré où cette vie disparaît. Dans cette perspective, parentalité et écologie apparaissent comme des pratiques du soin étroitement solidaires. L’une et l’autre ont affaire à la vulnérabilité, à la dépendance, à la préservation et à la survie. L’une et l’autre résistent à une culture qui privilégie la nouveauté, la rapidité et la consommation au détriment de la réparation, de la pérennité et de la responsabilité. In the Veins présente le soin non pas comme une question secondaire ou privée, mais comme un acte éthique et politique. Les gestes qui consistent à veiller sur le vivant – s’occuper, nourrir, nettoyer, protéger, réparer – sont au fondement de toute conscience écologique sérieuse. Cette logique s’étend aux images du film montrant des centres de soins de la faune sauvage, où des animaux blessés sont recueillis après avoir été directement confrontés à la violence des systèmes humains : environnements empoisonnés, habitats détruits, écosystèmes dégradés. Ces lieux font apparaître à la fois la destruction et la réparation. Ils témoignent de formes de soin qui ne reposent pas sur la domination ni la possession, mais sur la patience, la retenue et une proximité sans emprise. En ce sens, veiller sur des animaux sauvages et en prendre soin fait écho au travail d’élever des enfants : il n’existe pas de résultat idéal, seulement l’effort nécessaire pour permettre à une autre vie de se poursuivre. Le film se construit autour d’une méditation sur le temps. La répétition, si centrale dans l’acte de prendre soin, en devient l’un de ses principes formels. À rebours de la logique dominante du progrès linéaire, l’œuvre se tourne vers des rythmes cycliques – le jour et la nuit, les saisons, mais aussi la croissance, le retour, l’épuisement et le renouveau. Ce choix est d’autant plus significatif que la crise climatique échappe souvent à la perception ordinaire : elle se déroule trop lentement pour être vécue comme un événement, trop rapidement pour que les sociétés puissent y répondre. L’enfance obéit à une temporalité semblable : continue, transformatrice, difficile à saisir dans son mouvement même. Par sa structure, sa bande sonore et son montage, In the Veins avance que les gestes du soin au cœur de la destruction ne sont pas des actes mineurs, mais des formes de courage. Prendre soin d’un enfant, d’un animal ou d’un monde abîmé, c’est résister au désespoir en continuant d’assumer sa responsabilité à l’égard du vivant.
Exposition organisée par : Vassilis Oikonomopoulos, Directeur artistique



