ABDELKADER BENCHAMMA Signs and Wonders
21 mars 2026 @ 10 h 00 - 7 mai 2026 @ 19 h 00

« […] L’œuvre d’Abdelkader Benchamma, le dessin, son médium de prédilection, ne se conçoit pas comme un objet fixe, défini par le rectangle de la feuille de papier, mais comme une énergie envahissant l’espace et le temps. »
Jeanne Brun, à propos de l’installation Au bord des mondes (2024), d’Abdelkader Benchamma, pour le Prix Marcel Duchamp.
Abdelkader Benchamma est de retour ce printemps pour sa quatrième exposition personnelle à la galerie Templon avec Signs and Wonders.
Jouant subtilement des effets d’échelle et de paréidolie, ses œuvres transforment les surfaces en de véritables espaces de résonance où se déploient flux, figures, turbulences, mondes cosmiques et paysages mentaux. Longtemps dominé par le noir et blanc et par des installations éphémères, son travail accorde désormais une place importante à la couleur, déployée dans des formats inédits, entre fresque et tableau. Abdelkader Benchamma y développe un langage fondé sur un dessin nerveux et hypnotique, nourri d’influences littéraires, ethnologiques et ésotériques, qu’il puise dans un vaste corpus de récits et d’images qu’il collecte, archive et enrichit depuis plusieurs années. Ces représentations, très diverses, alimentent le travail de l’artiste et semblent se situer à la lisière du monde connu, cet espace mouvant entre science et magie, comme un atlas insaisissable des mondes invisibles.
Les œuvres exposées prennent ainsi leur source dans deux ouvrages de référence chers à l’artiste. Le Kitab al-Bulhan [Les merveilles des choses créées et les curiosités des choses existantes], plus communément appelé Le Livre des merveilles, manuscrit arabe des XIVe et XVe siècles, provenant de la Mésopotamie médiévale et qui aurait été écrit par Abd Al-Hassan AL-ISFAHANI. Dans ces enluminures singulières, l’étude des astres côtoie talismans magiques, constructions humaines dites « merveilles » et descriptions de djinns — entités invisibles faites de fumée, apparentées à des esprits susceptibles d’apparaître dans nos rêves. Des siècles avant l’apparition des premiers atlas scientifiques européens, le Kitab al-Bulhan fascine par sa puissance poétique, faisant coexister le monde visible et l’invisible au sein d’enluminures demeurées énigmatiques, donnant l’impression d’un réel toujours fuyant, impossible à saisir pleinement.
Dans un registre différent, les gravures allemandes du XVIe siècle issues du Book of Miracles [Livre des miracles], continuent de fasciner l’artiste. Ce manuscrit anonyme, relatant des phénomènes surnaturels, mêle récits bibliques, folklore et visions apocalyptiques. Dans ces pages à la modernité troublante, la relation entre le monde céleste et le monde terrestre apparaît profondément conflictuelle : les phénomènes mis en scène dans ces gravures se transforment alors en objets ou événements annonciateurs d’apocalypses et porteurs de menaces pour l’humanité. L’inconnu redevient inquiétant, ravivant la crainte de ce qui échappe à la compréhension humaine.
L’artiste met en relation ces craintes célestes avec des récits plus contemporains qui s’en font étrangement l’écho, comme les auditions du Congrès américain alertant sur une possible menace extraterrestre. Les croyances traversent ainsi les siècles, s’adaptant aux technologies de leur temps tout en rejouant les mêmes peurs millénaires.
Avec Signs and Wonders, pensée comme les pages d’un grand manuscrit, Abdelkader Benchamma transforme ainsi la galerie en un espace intermédiaire, organisme fertile en perpétuel mouvement, traversé de passages vers d’autres mondes, oscillant entre inquiétude et désir de réenchantement. Les enluminures, porteuses de mémoire, s’extraient de leurs cadres pour envahir, contaminer et redéfinir l’espace : des pages où certaines étoiles scintillantes seraient devenues des drones errants ou des OVNI, et où, par miracle, le culte des arbres et des pierres existerait toujours.
Cette exposition s’inscrit dans un moment charnière du parcours de l’artiste. En septembre 2026, Abdelkader Benchamma rejoindra la Villa Albertine à New York pour une résidence durant laquelle il explorera notamment les archives de l’American Society for Psychical Research (ASPR). Ce fonds exceptionnel, dédié aux phénomènes parapsychologiques, prolongera sa recherche sur l’invisible et ses représentations.
L’exposition coïncide également avec l’inauguration à l’hiver prochain de la gare Mairie-de-Vitry-sur-Seine du Grand Paris Express, qu’Abdelkader Benchamma a transformée en une grotte monumentale, recouverte de fresques faisant écho à ses mondes archaïques et poétiques.
Biographie
Diplômé des Beaux-Arts de Montpellier et de l’École des Beaux-Arts, Paris en 2003, Abdelkader Benchamma travaille entre Paris et Montpellier. Lauréat du Prix Drawing Now en 2015, il a été invité la même année par le Drawing Center de New York à inaugurer leur programme de dessin mural avec Representation of Dark Matter (2015-2016). Ces dernières années, il a bénéficié de nombreuses expositions personnelles, au Het Noordbrabants Museum (HNBM), Pays-Bas (2024), au Power Plant de Toronto (2023), à la Fondation Schneider (2023), à la Collection Lambert en Avignon (2022), au MRAC de Sérignan (2020), au Centquatre et au Collège des Bernardins à Paris (2018), au BlueProject Foundation de Barcelone (2016) et au FRAC Auvergne (2015).
Il a également participé à de nombreuses expositions collectives : « Apocalypse. Hier et demain », BnF, Paris ; « Lire le ciel », Mucem, Marseille (2025) ; « Le jour des peintres », musée d’Orsay, Paris (2024), « Immortelle », MO.CO., Montpellier (2023), POLA Museum of Art à Hakone, Japon (2019), Eldorado Lille 3000 (2019); « Melancholia » à la Fondation Boghossian de Bruxelles (2018); « Tamawuj », Sharjah Biennal, Sharjah (2017); « On aime l’art…!, Collection agnès b. », Fondation Yvon Lambert, Avignon (2017); « The Future of a Promise », 54e Biennale de Venise (2011); « Told, Untold, Retold » MATHAF, Arab Museum of Modern Art, Doha, Qatar (2010).
En 2024, Abdelkader Benchamma a été finaliste du prix Marcel Duchamp où il a présenté l’installation « Au bord des mondes » au Centre Pompidou.
Ses œuvres sont également présentées jusqu’au mois de mai 2026 dans l’exposition collective L’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière, au MO.CO. à Montpellier et au Mac Marseille du 4 avril au 20 septembre 2026 dans le cadre de l’exposition La vie climatique. Histoires sensibles des collections privées – Triennale De leur temps #8.
Le musée Espai d’Art Contemporani de Castelló (EACC), à Castelló de la Plana en Espagne, lui consacrera une importante exposition personnelle au mois de juin 2026.
Enfin, du mois d’octobre au mois de décembre 2026, Abdelkader Benchamma rejoindra le programme de résidence de la Villa Albertine à New York, prolongeant ainsi son dialogue avec la scène artistique américaine.
Abdelkader Benchamma est représenté par la galerie Templon depuis 2019.



