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Christophe Hohler, Raymond E. Waydelich : Anonymous – Famous
5 avril 2025 - 31 août 2025

« À l’avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale », prédit en 1968 l’artiste américain Andy Warhol, figure de proue du pop art. Cinq ans plus tard, Raymond E. Waydelich découvre le journal intime de Lydia Jacob, une couturière décédée depuis longtemps dont le rêve était d’être une grande créatrice de mode. À partir de ce moment, il signe ses œuvres de leurs deux noms. Lydia Jacob, inconnue de son vivant, connaît ainsi à titre posthume la célébrité, et va même jusqu’à représenter la France à la Biennale de Venise en 1978 avec son alter ego Waydelich.
Christoph Hohler fait lui aussi sortir ses personnages de l’anonymat. Il montre des instantanés de personnes qu’il photographie en direct ou sur l’écran de la télévision, et qui ne prennent de l’importance que dans ses tableaux. Ces personnages développent une dynamique propre ; sortis de leur contexte d’origine, ils racontent une nouvelle histoire.
L’exposition à la Fondation Fernet-Branca présente non seulement les grands tableaux de Christophe Hohler représentant des hommes, sa marque de fabrique depuis des décennies, mais aussi une facette moins connue de l’artiste : ses peintures de fleurs et d’arbres, une réminiscence de son enfance dans le Sundgau alsacien. D’autres univers thématiques sont les bateaux/la pêche et la musique, qui ont également inspiré Raymond E. Waydelich. Le premier univers est illustré par des peintures à l’acrylique, à l’huile et aux pigments ainsi que par des sculptures en fonte et en terre cuite de Hohler, et par des œuvres mixtes de Waydelich. La musique joue depuis toujours un rôle important dans la vie de Christophe Hohler ; enfant, il jouait du piano et de l’orgue. Pendant les performances, il peint des empreintes de cordes de piano sur un piano à queue sans couvercle ou improvise sur de la musique classique. Raymond E. Waydelich, quant à lui, est fasciné depuis le début par l’invention du disque et le développement du support audio.
La Fondation Fernet-Branca expose de nombreuses œuvres de jeunesse de Raymond E. Waydelich, dont plus de trente boîtes reliquaires racontant la vie de Lydia Jacob et de sa parenté imaginaire. Ses travaux sur « L’archéologie du futur » ainsi que le traitement artistique de voyages à Antibes, en Crète, au Canada ou en Namibie (céramiques, dessins, gravures, aquagravures) témoignent de la diversité de l’artiste mixte strasbourgeois. Au début des années 2000, Waydelich se lance dans des reproductions d’anciens maîtres, créant ainsi ce qu’il appelle ses « Peintures mémoires ». À Saint-Louis sont notamment exposées deux variations de « L’Angelus » de Jean-François Millet, tableau modernisé par Waydelich avec des oiseaux, un avion, une moto et des choux. Elles répondent à un triptyque consacré en 2024 par Christophe Hohler au même sujet des cloches de l’Angélus. Comme chez Millet en 1859, un couple d’inconnus, marqué par la pénibilité des travaux des champs, sort ici de l’anonymat pour accéder à la célébrité.



